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“Un drame est en train de s’écrire sous nos yeux” : à la Réunion et Mayotte, la crainte de l’hécatombe

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OUTRE-MER – Sur l’île de la Réunion ainsi qu’à Mayotte, les contaminations au Covid-19 augmentent. Des cas importés pour la majorité d’entre eux. Sous-équipés, les établissements de santé s’inquiètent d’une explosion du nombre d’infections et des risques sanitaires potentiels.

Dans les territoires français de l’Océan Indien, la progression du Covid-19 est rapide. Trop rapide pour les professionnels de santé réunionnais et mahorais. Ce mardi 24 mars, l’île de la Réunion et Mayotte sont passées au stade 2 du plan de lutte contre l’épidémie. Jusqu’au 15 avril, les voyages en avion entre la métropole et les deux territoires, de même que pour les Antilles et la Guyane, sont interdits, sauf dérogations. Mais l’inquiétude est là, palpable. Face à la pandémie qui a mis le monde à l’arrêt, le personnel soignant et les parlementaires tentent d’alerter, tant bien que mal.

A Mayotte, une multiplication par onze en une semaine

Alors que le 11 mars dernier, la Réunion ne comptait qu’un seul cas, elle en compte désormais 83, selon les derniers chiffres données par les autorités sanitaires, ce mardi 24 mars. L’île, qui compte 850 000 habitants, a connu une hausse importante du nombre d’infections au cours des quatre derniers jours. La majeure partie des malades sont des cas “importés” de métropole, contaminés par des proches. Pour l’heure, trois patients sont en réanimation.A Mayotte, ce sont trente cas qui ont été détectés, entre le 14 et le 24 mars. Avant cela, aucun n’avait été recensé sur cette île de quelque 300.000 habitants où près de 80% de la population vit sous le seul de pauvreté. Le premier cas confirmé était un homme ayant séjourné dans l’Oise, l’un des premiers foyers de contamination. Depuis, la propagation s’accélère. “Le nombre de cas avérés a été multiplié par onze en exactement une semaine”, a fait savoir le député (LR) de Mayotte Mansour Kamardine auprès de Causeur.
Nous savons, sans doute aucun, que nôtre île se réveillera dans l’incrédulité, la stupeur et les larmes– Un collectif de personnels de santé de l’Île de la Réunion
Un collectif “informel de professionnels de terrain” de la Réunion, dont le Dr Kathia Canidouche, médecin généraliste et régulatrice au Samu, affirme que les taux de mortalité pourraient être plus élevés que ceux en métropole en raison d’une population “tellement loin de tout, avec une telle pauvreté, précarité, promiscuité et avec des comorbidités si nombreuses, une population si souvent cruellement démunie”. Dans un courrier adressé aux élus, le docteur Cadinouche accuse l’Agence régionale de santé (ARS) de l’île d’être en “déconnexion totale de la réalité et des besoins (des) patients”. Selon ce collectif, “un drame est en train de s’écrire sous nos yeux, nous savons, sans doute aucun, que nôtre île se réveillera dans l’incrédulité, la stupeur et les larmes”, disent les personnels soignants.Une déclaration survenue après un appel de Martine Ladoucette, directrice de l’ARS, demandant aux malades “de ne pas se rendre dans les cabinets de ville”. C’est en tout cas la deuxième fois en quelques jours que des professionnels de santé alertent sur la situation et sur l’attitude des pouvoir publics qui, selon eux, “continuent à sous-estimer la crise”. “Nous sommes sur une île, loin de la métropole : quand nos moyens de prise en charge des cas sévères seront saturés, il n’y aura aucune possibilité de prise en charge alternative.”

Une logistique bien moindre qu’en métropole

Selon les chiffres communiqués par l’ARS de la Réunion, ce mardi 24 mars, 230 lits de réanimation sont disponibles pour une prise en charge des malades. De fait donc, la logistique est loin d’être la même qu’en métropole en cas de saturation et d’évacuation sanitaire. Une situation d’autant plus problématique que Paris se trouve à 10 heures d’avion et que les îles voisines sont elles aussi sous dotées et sous équipées en matière d’infrastructures. Ni Madagascar, ni l’île Maurice, elle-même en proie à une propagation de la pandémie, ni les Comores ne pourront être en mesure d’absorber les patients en provenance de la Réunion.A Mayotte, l’île n’est pourvue que de 16 lits de réanimation pour l’ensemble de la population, dénonçait le député mahorais Mansour Kamardine, ce lundi 23 mars. Pour lui, “entre le premier cas détecté le 14 mars et la saturation des capacités hospitalières, il ne se passera qu’environ deux semaines”. D’autant que le geste barrière principal, à savoir se laver les mains, s’avère compliqué à mettre en oeuvre, l’accès à l’eau courante restant une problématique majeure à Mayotte. En 2017, 81.000 habitants n’avaient toujours pas d’eau dans leur logement, soit près d’un habitant sur trois.

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Une autre épidémie fait rage dans ces îles : la dengue

Une situation difficile donc pour la Réunion et Mayotte, d’autant que ces deux territoires font face depuis deux ans à une épidémie de dengue, qui, selon Erika Bareigts, ancienne ministre des Outre-mer et présidente d’une commission d’enquête parlementaire sur la propagation des moustiques Aedes (“moustiques tigres”) et des maladies vectorielles (zika, chikungunya, dengue, etc.), “représenterait pour la Réunion, près de 2 millions de cas, 180.000 passages aux urgences et plus de 1.500 morts”, en proportion de la population hexagonale.

Source : https://www.lci.fr

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